Premier module
Durant deux mois, nous avons travaillé la techniqe respiratoire, la corporelle, et l'occupation de l'espace.Nous avons exercé les élèves à l'interprétation en utilisation divers extraits de textes:
- L'ordinaire Michel Vivaner
- Les prétendants Jean-Luc Lagarce
- Lorenzaccio de Musset
- Le baiser dans la nuit d'Alfred Level
- Défilé et un 11 septembre comme les autres dans De brèves rencontres Louise et Michel Caron
Nous avons sur ces textes mis en place des ébauches de mise en espace et d'intentions.
Second module
Travail sur une adaptation du Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau (adaptation de Louise Caron)
En savoir plus sur le roman d'Octave Mirbeau.
En intitulant Journal une juxtaposition de souvenirs
jetés pêle-mêle sur le papier, sans les dater, l'auteur ne respecte pas le contrat
tacite passé avec ses lecteurs sur la foi du titre. On comprend que nombreux
soient les critiques et les traducteurs qui parlent de Mémoires d'une femme de
chambre, plutôt que de Journal, alors qu’il s’agit de deux formes radicalement
différentes : des Mémoires impliquent le bilan d’une vie, jugée et
reconstituée, longtemps après les faits, et souvent à la lumière

du présent, ce qui lui
confère, rétrospectivement, un sens et une finalité, cependant qu’un Journal,au
contraire, est supposé coller au plus près à l'événement, ce qui interdit toute
distance, tend à
mettre toutes choses sur le
même plan, ne présente ni cohérence, ni continuité, et reste ouvert sur un futur
incertain. Cette forme convient admirablement à une vision non finaliste de
l'univers, qui est
précisément celle de
Mirbeau.
Tout se passe comme si le
romancier avait refusé de choisir entre ces deux formes narratives afin d’en
faire apparaître le caractère conventionnel.
• En rapportant quantité de
dialogues au style direct, et en reproduisant le langage parlé avec ses
dialectalismes, ses incorrections, ses tics et ses silences, comme il l’a déjà
fait dans ses romans
“nègres”, il tend à
supprimer la barrière qui séparait le roman du théâtre, à atténuer “ la
distinction des genres ” et à repenser l'esthétique des genres littéraires .
En posant de la sorte le
problème social de la servitude domestique à la Belle époque, Mirbeau espère
peut-être aider les opprimé(e)s à prendre conscience de leur misérable
condition, quoique sans la moindre illusion sur leurs capacités d’action
collective, mais il entend surtout susciter dans l'opinion publique un scandale
tel qu'il oblige les gouvernants à intervenir pour mettre un terme à cette
turpitude permanent. En faisant de Célestine son porte-parole, en nous obligeant
à “ regarder Méduse en face ” et, avant Bertolt Brecht, à découvrir la règle
sous l'abus, et, sous le vernis des apparences et des habitudes, des horreurs
sociales insoupçonnées, il exprime une nouvelle fois sa pitié douloureuse pour
“ les misérables et les souffrants de ce monde ” auxquels il a donné son cœur,
comme le lui écrit Zola, et il fait œuvre de justice sociale.
L’un des aspects les plus
frappants de la manière dont Mirbeau réagit face à la menace et à l’angoisse de
l’enlisement et de l’étouffement est la mise en lumière de l’ironie de la vie
Pour un existentialiste
avant la lettre tel que l’auteur du Journal, l’existence terrestre apparaît
comme une farce sinistre. Sinistre, ô combien ! puisque la mort a partie liée
avec le sexe et qu’elle est partout présente et partout à l’œuvre. Farce, dans
la mesure où, pour qui veut biense donner la peine de se distancier par la
force de la réflexion, tout se passe comme si une puissance
sardonique se jouait des
fantoches humains et s’amusait à tromper leur attente ou à leur infliger des souffrances
incongrues ou des récompenses imméritées.
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